Non classé, Sons of Alba

SONS OF ALBA – chapitre 1

dunvegan-castle-scotland

[ Romance historique ] – En cours d’écriture

1. Au crépuscule d’un règne

 

— Alors c’est tout ce que tu as ?

La voix de son adversaire résonnait dans le vent. L’épée pointée droit devant, il le défiait une nouvelle fois, le regard empli de fierté.

— Alors quoi, tu ne sais donc rien faire de plus, mon frère ?

Un sourire narquois prit alors naissance sur les lèvres de Kieran. Depuis leur plus tendre enfance, ces deux-là n’avaient eu de cesse de se chamailler. La dague, l’arc, l’épée et même la lance n’avaient plus de secrets pour eux. Les Highlanders suivaient un entraînement au combat exemplaire, et ce, dès leur plus jeune âge. Certains prétendaient que leurs plus grands guerriers avaient su tenir une arme avant même d’apprendre à marcher.

— Je sais faire ça !

Gagné par l’esprit de compétition, le jeune homme fondit sur son frère, le touchant au genou avant même que celui-ci ne s’en aperçoive. Il resta muet de surprise quelques instants, face à l’allégresse affichée par Kieran. Puis, ensemble, ils éclatèrent de rire, jetant au sol leurs deux sabres.

— Quelle chance que je ne sois pas un anglais… tu ne pourrais plus marcher à l’heure qu’il est !

— Ne te méprends pas, je jouais. En temps normal je n’aurais mis qu’une seconde avant de t’entailler comme du lard.

— Si tu le dis, se moqua Kieran.

La brise fraîche de l’automne malmenait sa longue chevelure brune emmêlée. Le tartan vert et bleu des Mac Leod ressortait fièrement face au tapis de mousse brune qui recouvrait le sol. L’humidité saisonnière amplifiait l’effet bouclé de leurs barbes et de leurs cheveux. Le froid local avait aidé le temps à tracer des marques indélébiles sur leurs joues. Les deux frères observaient la baie qui leur faisait face en silence. Le calme qui régnait semblait être un cadeau des fées. Les flots s’abattaient violemment sur les falaises sombres, rythmant avec grâce les bourrasques fraîches. Lentement, le soleil disparaissait à l’horizon annonçant la tombée de la nuit. Tous deux admiraient le spectacle, sans un mot. Malgré les dizaines d’années passées à fouler le sol boueux de cette île, rien au monde n’aurait pu les en éloigner. Leurs ancêtres avaient construit cet héritage qu’ils portaient dorénavant, avec la fierté commune aux habitants des Highlands.

La voix mal assurée d’un jeune homme interrompit la contemplation des deux frères.

— Rhys, Kieran, Père souhaite vous voir. Maintenant !

Scott, le benjamin de la famille se tenait là, juste derrière eux, visiblement essoufflé par sa course. La tignasse rousse plus courte que celles de ses deux aînés, le garçon avait gardé les joues rondes d’un nouveau-né en dépit de ses dix-huit années. Des tâches de rousseurs recouvraient ses joues pâlichonnes, tandis que deux pupilles d’un brun franc contrastaient avec le reste de son visage.

Les deux grand bruns se contemplèrent quelques instants. La demande de leur paternel n’augurait rien de bon étant donné la situation actuelle. Son état de santé n’avait cessé de se dégrader ces derniers mois. Depuis qu’une fichue fièvre avait sévi dans la région, le mal l’avait happé, et aucun guérisseur des alentours n’était parvenu à l’en débarrasser. Son âge bien avancé n’aidait pas non plus.

Sans plus attendre, Kieran rattrapa son épée, et saisit son jeune frère par l’épaule, suivi de près par Rhys. Ensemble ils traversèrent les prairies détrempées qui les séparaient du Château de Dunvegan, enjambant les clôtures à la vitesse de l’éclair. Si le chef du clan Mac Leod les convoquait tous les trois, l’heure s’annonçait grave.

Lorsque enfin ils atteignirent la cour du château, les trois frères manquèrent de bousculer Harry, l’un des gardes chargés de surveiller l’entrée de la tour principale. Le surveillant rondouillard chancela lorsqu’ils le dépassèrent. C’est à peine si l’escalier en colimaçon qui menait à la chambre du grand Terrence Mac Leod freina leur rythme. Scott fut le premier à atteindre la porte en bois qui barrait leur route. Il la fit grincer et tous trois se retrouvèrent bientôt face à l’immense lit à baldaquin de leur vieux père. Ses soixante-sept printemps lui octroyaient le rang de bien-aimé de Dieu. Peu d’hommes pouvaient prétendre à une telle longévité, les conflits répétitifs des Highlands et la dureté du climat n’aidant pas. Mais Terrence était surnommé « Le Vigoureux » par ses paires, et ce depuis des dizaines d’années. Il comptabilisait à lui seul plus de victoire sur les clans ennemis que tous ses prédécesseurs.

Allongé sous les draps, Mac Leod semblait toujours aussi fiévreux. Si souvent ses fils se demandaient s’il passerait l’hiver, la réponse leur sautait aux yeux à présent. Tandis que les premières feuilles mortes rejoignaient le sol mousseux de l’île de Skye, leur cher père semblait s’enfoncer toujours plus dans un abîme duquel personne ne ressortait.

Il fit un signe de la main vers l’employée de maison qui se tenait à son chevet. La jeune femme s’approcha, cherchant à comprendre le message qu’il glissait comme un murmure. Puis elle le redressa dans son lit, prenant soin de bien caler ses oreillers en guise de soutien. Le front en sueur, il était compliqué de voir en ce vieil homme grabataire le guerrier d’autrefois. Ses longs cheveux blancs dégringolaient avec maladresse sur ses tempes, et les plis qui marquaient son visage n’avaient d’égal que ses joues creusées. D’un geste rapide et suffisant, il demanda à la jeune femme de les laisser seuls. Sans un mot, la grande blonde aux cheveux nattés s’exécuta poliment. Lorsque la porte eut fini de grincer à nouveau, les trois garçons s’approchèrent un peu plus du lit, interrogeant leur père du regard.

— Mes garçons…

Sa voix n’était qu’un souffle épuisé par la vie, marqué par la maladie. Rhys posa ses paumes contre le bois du vieux meuble et se pencha vers son père, le regard inquiet.

— Vous nous avez fait demander, Père ?

Le vieil homme hocha la tête, doucement.

— La fin approche, mes garçons.

Scott s’interposa, la voix presque criarde, poussé par l’émotion.

— Vous allez guérir, Père. Il vous reste encore de belles années.

Un sourire empli de tendresse se dessina alors sur les lèvres abîmées et desséchées du chef de clan.

— Tu es jeune, Scott, encore insouciant. Mais tes frères sauront prendre soin de toi.

Ce fut alors au tour de Kieran, le cadet, de prendre la parole. Le visage résigné.

— Qu’en pense le guérisseur qui loge ici ?

— Il ne me contredit pas, admit Mac Leod.

Le père de famille marqua une pause, laissant son regard s’échapper quelques secondes à l’autre bout de la pièce, presque fuyant. Puis, lentement, la respiration sifflante, il reporta son attention sur ses trois fils.

— Il me reste quelques semaines, tout au plus. C’est pourquoi je tenais à vous réunir maintenant.

Son regard épuisé choisit alors l’aîné de la fratrie, Rhys.

— Les anciens partagent ma volonté de voir l’aîné de mes fils reprendre la place de Chef de clan. Il te reste un peu de temps pour t’y préparer. Annonce-le à ton épouse, mais ne l’ébruite guère plus pour l’instant. Autant éloigner toute jalousie intempestive.

Respectueux de cette décision, Kieran et Scott hochèrent la tête, silencieux, tandis que Rhys serrait la mâchoire, saisit par l’émotion de cet honneur. Molly porterait cette fierté avec lui, au cours des années à venir, consolidée par le soutien de tout le clan Mac Leod.

Alors que le silence régnait en maître dans l’obscure pièce, Terrence Mac Leod reprit finalement la parole.

— Mes fils, il me faut vous avouer une chose, gardée secrète trop longtemps. Je ne souhaite pas l’emporter dans la tombe.

Intrigués par ces paroles, tous les trois s’observèrent, puis se concentrèrent sur ce que leur père s’apprêtait à révéler.

— Ne laissons pas planer le mystère plus longtemps. Vous avez une sœur.

Tous se murèrent dans un mélange maladroit de surprise et d’indignation. Se fichant bien de choquer en cet instant capital, Mac Leod poursuivit en levant une main autoritaire afin d’éviter toute réaction à chaud.

— Que les choses soient claires. J’aimais votre mère plus que tout au monde. Mais après deux années de deuil, je me suis égaré.

Il marqua une pause puis reprit.

— Elle devrait avoir seize ans depuis quelques semaines.

Finalement, Rhys osa parler, les sourcils interrogateurs.

— « Devrait » avoir seize ans ?

— Je ne sais pas si elle est encore en vie, expliqua alors son père.

Terrence semblait puiser au plus profond de lui-même pour annoncer la vérité à ses enfants. Le poids de cette information pesait comme une épée de Damoclès sur ses épaules trop affaiblies.

— J’ai fourni à sa mère les moyens de l’élever dans de bonnes conditions. À défaut d’être présent, je pouvais au moins faire cela…Mais elle a disparu depuis plusieurs semaines. Personne ne sait où elle est.

Dans un murmure douloureux, le chef de clan souffla :

— Elle s’appelle Effie.

— Effie ?! s’indigna Scott. La fille d’Ava Mac Leod ?

Comme unique réponse, son père cligna des paupières. Alors que son plus jeune fils s’horrifiait de cet aveu, de nouveau, Terrence les rappela au calme, d’un geste bref et concis.

— Peut-être est-ce demander l’impossible, et j’ai conscience de… la brutalité de cette nouvelle, mais j’aimerais que, pour mes derniers instants, vous puissiez la retrouver. M‘assurer du fait qu’elle soit en vie me permettrait de partir en paix…

Ces trois fils le dévisageaient à présent. Une inconnue occupait une place de choix dans le cœur de pierre de leur père.

Une violente toux s’empara du vieil homme, gênant dangereusement sa respiration. Par réflexe, Rhys appela la femme de chambre, conscient qu’elle se tenait probablement déjà au pied de la porte par mesure de sécurité.

— Moira !

La jeune femme accourut aussitôt dans la pièce, se pressant d’aider leur père à reprendre un souffle normal. Elle l’aida à se rallonger doucement.

— Le guérisseur lui conseille du repos, messieurs, conclut-elle.

Encore sous le choc, les frères hochèrent la tête, et l’aîné entraîna les deux autres vers la sortie.

 

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